Angoisse Et Mort Dans Sein Und Zeit Heidegger

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  • Bulletin danalyse phnomnologique IV 5, 2008 ISSN 1782-2041 http://popups.ulg.ac.be/bap.htm

    Angoisse et mort dans Sein und Zeit Par JULIEN PIERON FNRS Universit de Lige

    Pour Alexis Filipucci.

    Ursprnglicher als der Mensch ist die Endlichkeit des Daseins in ihm1.

    Rsum Ces quelques pages tentent de ressaisir les structures et la mobilit existentiale de langoisse et de la mortalit, en suivant la description phnomnologique quen propose Heidegger dans Sein und Zeit. On y soutient la thse selon laquelle les analyses phnomnologiques de langoisse et de la mort visent une seule et mme donne phnomnale, et lon essaie den mettre en vidence le caractre systmatique central dans le trait de 1927. On montre enfin en quoi ltude de la description phnomnologique de l angoisse de la mort permet une saisie plus profonde des concepts de finitude et dhorizon de la temporalit.

    Dans les pages qui suivent, nous tentons de reprendre en vue la description phnomnologique de langoisse propose par Heidegger dans Sein und Zeit, puis son amplification travers lexamen de la mortalit. Cest parce que lanalyse phnomnologique de la mort est bel et bien conue comme une amplification de celle de langoisse quil sera permis de parler d angoisse de la mort pour dsigner une seule et mme donne phnomnale. Ce qui nous intresse dans ce phnomne, cest sa mobilit. La question de langoisse de la mort est intimement lie celle du mouvement (retour, dtour, fuite) mouvement existential dautant plus nigmatique

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    1 M. Heidegger, Kant und das Problem der Metaphysik (GA 3), Vittorio Kloster-mann, Frankfurt am Main, 1991, p. 229.

  • quil ne seffectue pas dans un lieu, mais mme ltre du Dasein qui est ouverture1, localit prcdant tout lieu. Si nous acceptons de tenir fermement ce point de dpart, des expressions telles que fuite de soi , mise en face de soi , ou retour soi doivent veiller un questionnement incessant : que peuvent bien signifier de tels mouvements dans une phnomnologie pour laquelle le soi nest pas un point matriel fix en un lieu, mais le mode dtre du Dasein comme ouverture ou localit ?

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    La description phnomnologique de langoisse nest pas effectue

    pour elle-mme, mais dans le but de mettre en vidence la dtermination unitaire de ltre total du Dasein comme souci. Lanalyse de langoisse prend son point de dpart dans la caractrisation de la dchance (Verfallen) comme fuite (Flucht)2. Ce point de dpart est remarquable : il est ici question dun mouvement mouvement ontologique par lequel le Dasein scarte de lui-mme pour chouer en quelque sorte sur le monde3 , qui saccomplit sur le mode dune double plonge dans le On et dans le monde 4 de la proccupation. Le mouvement de la dchance nest pas dplacement dun point un autre, mais mobilit inhrente louverture que le Dasein est : la dchance est le mode dtre quotidien du L , le mouvement dans lequel louverture sest toujours dj engage5. Ce mouvement constitue une fuite du Dasein devant lui-mme (vor ihm selbst), devant le pouvoir-tre-soi-mme en mode propre 6.

    Comment comprendre une telle fuite ? Le Dasein nest ni chose, ni corps, ni personne, mais ouverture7 ; plus prcisment : le Dasein est son ouverture8 ladjectif possessif indiquant que louverture est, par une ncessit dessence, chaque fois mienne 9. Lenjeu fondamental des rflexions sur le qui du Dasein tait de montrer qu la question qui ? , on ne rpond proprement quen indiquant un mode dtre non une 1 Sein und Zeit, 28, p. 133 : Das Dasein ist seine Erschlossenheit (soulign par Heidegger). 2 S.u.Z., 40, p. 184. 3 S.u.Z., 38, p. 176. 4 Les guillemets indiquent lacception ontique de lexpression, cf. S.u.Z., 14, p. 65. 5 S.u.Z., p. 166 (titre). 6 S.u.Z., 40, p. 184. 7 S.u.Z., 10 et 28. 8 S.u.Z., 28, p. 133. 9 S.u.Z., 9, p. 41.

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  • substance ou une personne1 , et que ce mode dtre est originairement travers par autrui, puisquil est demble tre-avec (Mitsein)2. Se fuir soi-mme, cest donc pour le Dasein scarter de cette ouverture ou de ce mode dtre originairement travers par autrui quil doit chaque fois assumer3, pour se tourner vers autre chose . Cet autre chose , qui ne peut pas tre situ en dehors de louverture, nest rien dautre quune modalit particulire de cette mme ouverture. Cest donc le passage dun mode lautre, la modulation ou la modification de louverture modi-fication qui nest pas accidentelle, mais exige par sa structure mme qui doit constituer le sens de la fuite de soi , supposer que nous confrions cette expression le sens ontologique que Heidegger nous demande de lui donner.

    1 S.u.Z., 25-27. 2 Sur ce point, il nest peut-tre pas inutile de rappeler quelques extraits de Sein und Zeit qui nous montrent : 1) que ltre- est essentiellement tre-avec, et que louverture du monde est toujours celle dun monde commun : Auf dem Grunde dieses mithaften In-der-Welt-seins ist die Welt je schon immer die, die ich mit den Anderen teile. Die Welt des Daseins ist Mitwelt. Das In-sein ist Mitsein mit Anderen ( 26, p. 118 ; nous soulignons) ; 2) que le en-vue-de soi , dans lequel senracine la signifiance du monde, est toujours du mme coup, et indissociablement, un en-vue-dautrui : Die Weltlichkeit wurde interpretiert ( 18) als das Verweisungsganze der Bedeutsamkeit. Im vorgngig verstehenden Vertrautsein mit dieser lsst das Dasein Zuhandenes als in seiner Bewandtnis Entdecktes begegnen. Der Verweisungszusammenhang der Bedeutsamkeit ist festgemacht im Sein des Daseins zu seinem eigensten Sein, damit es wesenhaft keine Bewandtnis haben kann, das vielmehr das Sein ist, worumwillen das Dasein selbst ist, wie es ist. / Nach der jetzt durchgefhrten Analyse gehrt aber zum Sein des Daseins, um das es ihm in seinem Sein selbst geht, das Mitsein mit Anderen. Als Mitsein ist daher das Dasein wesenhaft umwillen Anderer. Das muss als existenziale Wesensaussage verstanden werden ( 26, p. 123, nous soulignons) ; 3) en consquence, se connatre soi-mme quivaut toujours prendre conscience du caractre essentiel de ltre-avec et du rapport aux autres : Das Sein zu Anderen ist nicht nur ein eigenstndiger, irreduktibler Seinsbezug, er ist als Mitsein mit dem Sein des Daseins schon seiend. Zwar ist nicht zu bestreiten, dass das auf dem Grunde des Mitseins lebendige Sich-gegenseitig-kennen oft abhngig ist davon, wie weit das eigene Dasein jeweilig sich selbst verstanden hat ; das besagt aber nur, wie weit es das wesenhafte Mitsein mit Anderen sich durchsichtig gemacht und nicht verstellt hat, was nur mglich ist, wenn Dasein als In-der-Welt-sein je schon mit Anderen ist ( 26, p. 125, nous soulignons). 3 Puisquil nest pas lui-mme sa propre origine, mais quil est perptuellement en position de rpondant, cf. S.u.Z., 9, p. 41-42.

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  • louverture appartient le rapport ce qui surgit en son sein. Le comprendre (Verstehen) nest en effet jamais pur comprendre de ltre, mais toujours comprendre de ltant dans son tre1, et la disposition affective (Befindlichkeit) est toujours une faon de se laisser aborder par ltant qui surgit au sein du monde2. En affirmant que la fuite de soi saccomplit comme plonge3 (Aufgehen) dans le On et auprs du monde (cest--dire des choses) de la proccupation4, Heidegger dcrit ce mode de louverture dans lequel la dimension mme douverture passe larrire-plan au profit de ce qui surgit dans louverture. tant ainsi occulte, louverture perd son caractre problmatique : elle perd cette assignation ontologique la responsabilit inscrite en elle du fait que louverture ne flotte pas dans un arrire-monde, mais est chaque fois celle dun Dasein est chaque fois mienne . Cest leffacement de cette assignation ontologique la responsabilit qui constitue lessence mme du On. Avant dtre diabolis et de charrier des connotations dprciatives5, le On dsigne dabord ce mode dtre non problmatique de louverture, cette faon dassumer louverture sans lassumer, en se dchargeant de linsoutenable pesanteur que constitue la ncessit de devoir toujours rpondre de louverture6.

    Avant de poursuivre, nous devons fixer une double signification des termes Eigentlichkeit (proprit) et Uneigentlichkeit (improprit). Eigent-lichkeit et Uneigentlichkeit peuvent tre compris au sens strict comme manires dtre proprement ou improprement ce que le Dasein est : ouver-ture. Au sens strict, tre proprement, tre purement et simplement ouverture, cest en quelque sorte comme nous le verrons plus loin tre transi par le rien. tre improprement ouverture, cest tre absorb dune faon ou dune autre par ltant qui surgit au sein de louverture. Parce que ltant qui surgit au sein de louverture constitue un moment structurel de louverture elle-mme, il est impossible de se maintenir dans ltre-proprement ouverture au sens strict dun tre-transi par le rien : il faut ncessairement revenir un certain rapport ltant surgissant au sein de louverture, et donc sy plonger ou tre absorb par lui. 1 S.u.Z., 32, p. 151. 2 S.u.Z., 29, p. 137. 3 Le terme aufgehen signifie louverture ou lclosion, mais dsigne aussi le mouve-ment de se fondre dans quelque chose ou dtre absorb par lui. 4 S.u.Z., 40, p. 184. 5 Connotations qui, malgr les dngations de Heidegger, sont pourtant videntes dans son texte. 6 S.u.Z., 27, p. 127-128.

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  • Ce mouvement de retour ltant peut lui-mme saccomplir de deux faons : soit en gardant la trace du caractre problmatique de louverture et du fait quelle est i